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OCTOBRE, 2015

L’Ethique est une valeur culturelle qui  encadre et facilite le fonctionnement d’une société.  Historiquement, la notion d’Ethique est présente chez les philosophes dès l’Antiquité, en tant que recherche formelle d’une connaissance juste et normative. Dans nos sociétés modernes, elle répond très vite à un besoin de contrôle des enjeux de la médecine, de la recherche scientifique et du développement des nouvelles technologies médicales.

Auteur : Karina ALT
Doctorat en Ethnologie, spécialité Anthropologie Médicale, Université de Paris X- Nanterre
Master ABA y Trastornos Generalizados del Desarrollo, ABA España
Diplôme Universitaire en Analyse Appliquée du Comportement, Université Charles de Gaulle Lille-3

« Dans sa définition formelle, « agir conformément à l’Ethique » signifie se conformer à un ensemble de normes qui définissent les conduites acceptables de celles qui ne le sont pas; c’est à dire un ensemble de règles ayant pour objet de soumettre une activité spécifique au respect de valeurs jugées les plus hautes dans un contexte social particulier.  »

Comme dans beaucoup d’autres sociétés occidentales, la France réserve une place de choix à ce qu’elle considère comme un code de conduite responsable des personnes . En accord avec ce fait, et au delà d’une morale informelle, adoptée par tous comme étant le produit d’une histoire commune de traditions culturelles, religieuses ou juridiques, de nombreuses instances sociales, institutions ou professions se dotent d’un code d’Ethique ou de Déontologie propre, formalisé, impératif et écrit. Les objectifs de ces règles de conduites sont systématiquement de garantir la liberté de tous, alors qu’on détient un ascendant ou un pouvoir sur certains, d’exercer ce pouvoir, d’en minimiser les abus potentiels, tout en respectant les systèmes de valeurs de chacun : l’intérêt du « sujet » doit primer sur l’intérêt de l’organisation ou de la profession.

Dans sa définition formelle, « agir conformément à l’Ethique » signifie se conformer à un ensemble de normes qui définissent les conduites acceptables de celles qui ne le sont pas; c’est à dire un ensemble de règles ayant pour objet de soumettre une activité spécifique au respect de valeurs jugées les plus hautes dans un contexte social particulier. Cet ensemble normatif sert de référence aux individus qui s’y soumettent dans différentes professions. Pour ces professions, « agir conformément à l’Ethique », c’est à dire dans le respect du Code de Déontologie est un impératif incontournable sous peine d’exclusion du groupe. Mais en même temps, en définissant des normes de conduite du groupe, les règles de déontologie définissent ce qu’est le groupe, et dans le cas qui nous importe, toute une profession.

1 « Si la culture médicale attribue à Hippocrate l’énoncé de ces principes, c’est à la suite des exactions commises par les médecins des camps de concentration allemands sous prétexte d’expérimentation au cours de la seconde guerre mondiale que leur forme contemporaine a été précisée. Autour et dans les suites du procès de Nuremberg, une réflexion se développe sur la responsabilité individuelle dans divers contextes sociaux et politiques ; elle conduit à l’élaboration du « Code de Nuremberg » visant à empêcher les abus envers les patients au nom d’objectifs scientifiques ou idéologiques (Code de Nuremberg, 1949»
Alice Desclaux, Aline Sarradon-Eck, 2009.
2 Médecins, chercheurs, psychologues, journalistes, avocats…

A ce titre, en tant que production d’une profession (groupe social spécifique), l’Ethique (et les codes de déontologie qui en découlent), est un phénomène culturel à part entière pour chaque société ou cette profession s’exerce. Les conclusions des recherches anthropologiques ont depuis longtemps écarté la notion d’un impérialisme éthique universel et privilégié la notion d’une éthique transculturelle fondée dans les valeurs du groupe ou de la société qui la fait naître. De ce fait, s’il aurait pu être important de créer un Code de Déontologie propre et adapté à l’intervention en Analyse Appliquée du Comportement dans notre pays, le Guide de conduite responsable pour les analystes du comportement du BACB, correspond aux valeurs que nous souhaitons promouvoir.

En effet, l’Analyse Appliquée du Comportement est une discipline « nouvelle » dans l’histoire culturelle de la France. Alors même que dans la société américaine où elle a vu le jour, c’est une discipline qu’on pourrait qualifier d’ancienne, le premier code d’éthique ne date que de 1980. Il fut crée en réaction à la découverte d’utilisation de pratiques inacceptables au regard de la société américaine qui ont conduit à la mort d’une personne.

En France, l’utilisation des techniques issues de l’Analyse du Comportement continue de croître depuis environ 10 ans et ce en l’absence d’une profession codifiée officielle. Des professionnels de divers horizons se réclament ainsi de cette discipline : superviseurs, consultants, formateurs, psychologues, éducateurs, intervenants, auxiliaires de vie…

Si certains professionnels sont correctement formés, d’autres le sont moins et devant une demande toujours en expansion, beaucoup de personnes font les frais du manque de formation, d’expérience et de supervision de la part de praticiens de tout bords et peu scrupuleux.

Nous, groupe de praticiens diplômés en Analyse Appliquée du Comportement, Analystes du Comportement, exerçant en France ou à l’étranger, membres de l’AproA, connaissant le potentiel des outils que nous manions, tirant les enseignements des faits historiques et soucieux du bien être des personnes qui nous sont confiées, sommes conscients de la nécessité de se doter d’un Code de Déontologie National conforme à nos valeurs culturelles, qui régira l’ensemble des pratiques professionnelles de notre discipline.

Nous sommes conscient que notre champ d’action est le comportement humain, à ce titre nos clients sont des sujets à part entière, notre travail auprès d’eux doit relever de normes éthiques impératives et conformes au respect fondamental inaliénable de la personne au sein de notre société. Les principes qui nous guident sont : le principe d’autonomie ou de respect de la personne, le principe de bienfaisance, et le principe de justice et d’équité..

Notre propos en traduisant le texte du BACB est d’établir et de maintenir des normes d’intégrité et de qualité des pratiques dans notre profession. En effet, comme l’a montré Fischer (2003) quand une organisation adopte des valeurs qui reflètent un consensus entre les membres d’une discipline, le niveau de confiance publique augmente ; mais surtout, nous espérons en généralisant l’adhésion des professionnels français intervenant dans le domaine de l’Analyse Appliquée du Comportement, améliorer la qualité des prestations proposées, en constituant des règles de conduite déontologiques, responsables et minimales qui s’imposent à tous ceux qui travaillent dans notre discipline sur le territoire français.

Nous espérons que ces règles de conduites seront respectées par chaque professionnel formé et travaillant en Analyse Appliquée du Comportement en France, qu’il servira de garantie aux personnes qui ont besoin d’une intervention dans le champ de l’Analyse Appliquée du Comportement, quelle qu’elle soit, ainsi qu’à leurs familles, tout en servant d’émulation à une amélioration de notre formation et de notre pratique professionnelle.

3 « Les efforts pour produire une éthique globalisée, universelle, tendent à être aliénants et aliénés ».
Bernard Hours, Monique Sélim, Anthropologie politique de la globalisation, L’Harmattan, coll.
« Anthropologie critique », 2010.
4 Il existe depuis l’an 2000 sur le territoire français une seule formation universitaire spécifiquement dédiée (Université de Lille III).
5 Première conférence de la Florida Association of Behavior Analysis, du Statewider Peer Review Comitte for Behavior Modification et de la Division of Retardation, qui aboutit au premier code d’Ethique des analystes du comportement
6 Le scandale de Sundland à Miami dans les années 70
7 Terme défini dans la section suivante : Définitions
8 Terme défini dans la section suivante : Définitions

Bibliographie

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9 principes fondamentaux soulignés dans de nombreux codes d’éthique NATIONAL COMMISSION FOR THE PROTECTION OF SUBJECTS IN BIOMEDICAL AND BEHAVIORAL RESEARCH, 1979. The Belmont Report. Ethical principles and guidelines for the protection of human subjects of research.